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Une collection sans murs

Collection moderne

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Paul Belmondo et le mythe du Retour à l’ordre

  • Paul BELMONDO, Petite fille, vers 1940 FNAC 6276. Buste en bronze. 33 x 25 x 28 cm. S.ARR.DR. (au revers de l'épaule) : P. Belmondo ; CA.ARR.G. (au revers de l'épaule) : Alexis Rudier/Fondeur Paris. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

  • Paul BELMONDO, L’architecte Pierre Sonrel, 1933
    FNAC 6201. Buste en bronze. 40 x 28,5 x 25 cm.
    S. D : Au revers de l'épaule senestre : P Belmondo/1933. Au revers de l'épaule dextre : ALEXIS RUDIER/FONDEUR PARIS. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Présenté en 1934 au Salon des Tuileries, le buste de l’architecte Pierre Sonrel (1903-1984) est un des premiers portraits acheté par l’Etat français à l’artiste. Acquis en 1941 sur proposition du conservateur du Musée national d’art moderne Pierre Ladoué (Suite à une visite à l’atelier de l’artiste, au 77 rue Denfert-Rochereau, Paris XIVe), l’œuvre traduit l’influence que la beauté plastique et le style dépouillé de la statuaire grecque exercèrent de manière précoce sur le jeune artiste.
    Auteur d’un important traité de scénographie publié en 1943, Pierre Sonrel fut associé à de nombreux chantiers de reconstruction après la guerre. On lui doit notamment, en 1950, la restauration complète de la salle de spectacle du théâtre national de Strasbourg, l’aménagement en 1959 de la cité Saint-Pierre de Caucriauville en Seine-Maritime ainsi que la construction en 1964 de la maison de la culture de Bourges et du grand ensemble de Massy-Antony dans l’Essonne. Il est également l’auteur en 1966 de la première maison de la culture d’Amiens.

  • Pierre BOURET, Jeune fille, vers 1939
    FNA C 6115. Statuette en bronze. 68 x 25 x 25 cm.
    S.ARR.DR. sur la plinthe : Pierre Bouret. Cachet du fondeur ARR.G. sur la plinthe : CIRE/VALSUANI/PERDUE , BRONZE. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Elève de Charles Despiau, Pierre-Ernest Bouret (1897-1972) est l’auteur d’une œuvre abondante où prédominent le nu féminin et le portrait historique. Entre 1936 et 1955, ce dernier bénéficia de 23 commandes de l’Etat, ce qui fit de lui un des sculpteurs les plus sollicités de sa génération. Achetée pour la somme de six mille francs au Salon des artistes mobilisés par arrêté du 15 décembre 1939, Jeune fille est la troisième sculpture acquise par l’administration. Dans cette statuette au gracieux contrapposto, l’artiste déploie un sens aigu de la ligne ainsi qu’une maîtrise parfaite de l’alternance des vides et des pleins.

  • Paul CORNET, Tête de jeune fille, vers 1940
    FNAC 6170. Buste en bronze. 37 x 23 x 21 cm.
    S.R. : P. Cornet. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Diplômé de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs, Paul Cornet (1892-1977) se spécialisa, après une brève période cubiste, dans l’exécution de monuments officiels à Paris et en Province. L’achat de ce buste fait suite à une lettre adressée par le sculpteur au directeur général des beaux-arts Vincent Poli, en date du 8 septembre 1940, dans laquelle l’artiste, alors en grande difficulté financière, se recommande auprès de l’administration pour l’acquisition d’une de ses oeuvres. Le modèle qui inspira ce portrait est identique à celui qui servit à la réalisation de la statue intitulée La Campagne destinée en 1937 au Palais de Chaillot. L’épiderme du bronze, où transparaissent les accidents de la terre glaise, donnent à cette œuvre un aspect inachevé, caractéristique de la période.

  • Hélène GUASTALLA, Equilibre, vers 1959
    FNAC 9249. Statuette en bronze. 62 x 23 x 36 cm.
    S.B.G. sur le côté dextre : Hélène Guastalla
    CA.B.G. : CIRE PERDUE / BISCEGLIA. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Elève à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, Hélène Guastalla (1903-1983) travailla avec les sculpteurs Robert Sicard, Henri-Auguste-Jules Patey et Paul Graf. Après la guerre, elle exposa de nombreuses fois au musée Rodin (Salons de la jeune sculpture) et monta sa première exposition personnelle à Paris en 1947. Auteur de plusieurs monuments publics (Henri Barbusse 1957, Rousseau, 1962), elle bénéficia également de quatre commandes de l’Etat dont une monumentale Vérité (FNAC 7249), exécutée en 1949 pour le square Henri Barbusse à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne). Une quarantaine d’années après l’apparition du Retour à l’ordre, Equilibre illustre l’influence qu’exerce encore le mouvement sur certains artistes figuratifs, adeptes d’une sculpture sereine et harmonieuse, où l’équilibre des formes l’emporte sur le sens du mouvement.

  • Georges ISELIN, Résignation, 1947
    FNAC 7127. Statuette en bois. 63 x 21 x 30 cm.
    S.D.B.DR. (sur la terrasse) : G. ISELIN/1947. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Né le 6 décembre 1874 à Paris et mort en 1952, Jules Georges Iselin fut l’élève à l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris d’Antonin Mercié (1845-1916) dont il intégra l’atelier en 1902. Fils de Louis-Edouard Iselin, sculpteur, Jules Georges Iselin connut une ascension régulière, récompensé à la Société des Artistes Français avec mention honorable en 1899, médaillé de troisième classe en 1909, de deuxième classe en 1912 puis médaille d’or à l’Exposition Universelle de 1937.
    Inspirée par une thématique propre au symbolisme, Résignation illustre le goût que de nombreux artistes eurent au cours de l’Entre-Deux-Guerres pour la taille directe, technique qui connut une vive résurrection dès la Belle Epoque sous l’influence de Paul Gauguin, Emile Bernard et Aristide Maillol.

  • Alfred JANNIOT, Tête de Cécile, 1938
    FNAC 5036. Buste en bronze. 32 x 21 x 36,5 cm.
    S.ARR.B.G.sur le col : A. Janniot
    Alexis Rudier fondeur Paris ARR.B.Dr. sur le col. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Elève de Jean-Antoine Injalbert et d’Antoine Bourdelle, Auguste-Alfred Janniot (1889-1969), Grand Prix de Rome en 1919, fut un des plus célèbres sculpteurs de sa génération. Bénéficiant de grandes commandes tout au long de sa carrière, il se rendit célèbre pour ses décors dont ceux des paquebots Normandie et Ile-de-France, celui de l’ancien musée des arts africains et océaniens (L’apport des territoires d’Outre-Mer à la mère patrie et à la civilisation, 1931), ainsi que ceux de la mairie de Puteaux en 1932 (La ville de Puteaux sous l’égide des vertus républicaine protège le travail, les lettres et les arts) et de l’ancien musée national d’art moderne (Légende de la Terre et Légende de la Mer, 1937). Acquise par arrêté du 29 janvier 1938, puis déposée en 1939 au cabinet du ministre de l’Education nationale Jean Zay (1904-1944) Tête de Cécile représente la femme de l’artiste, née Garny, que le sculpteur épousa en 1933.

  • Henri LAURENS, Femme accroupie à la draperie, 1939
    FNAC 6114. Statuette en bronze. 32 x 26 x 11 cm.
    S.B. de la draperie : HL. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Henri Laurens (1885-1954) fut un des principaux représentants en France de la sculpture cubiste aux côtés de Jacques Lipchitz, Raymond Duchamp-Villon, Alexandre Archipenko et Ossip Zadkine. Personnalité discrète et tardivement reconnue, l’homme n’eut que peu de commandes monumentales à l’exception des quatre hauts reliefs (La Terre et La Mer, La Vie et La Mort) destinés, lors de l’Exposition Universelle de 1937, au pavillon de Sèvres et au Palais de la Découverte. Réplique d’une statue en pierre commandée par les beaux-arts au sculpteur par un arrêté du 17 février 1936, Femme accroupie traduit l’inflexion qui se produit dans l’art de Laurens à partir des années 20 où la représentation du corps féminin, traité autrefois sur un mode anguleux et schématique, cède la place à des volumes souples et simplifiés dont le graphisme sinueux s’inspire de la beauté classique.

  • René LETOURNEUR, Femme, vers 1936
    FNAC 3974. Buste en bronze. 30,5 x 16 x 21 cm.
    S.G. (côté dextre, à la base du cou) : LETOURNEUR
    INSC.ARR. (à la base de la chevelure) : FONDERIE DES ARTISTES / PARIS. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Diplômé de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Paris, René Letourneur (1898-1990) obtint le Grand Prix de Rome en 1926 pour Judith et Holopherne, ce qui lui permit d’effectuer un séjour de 4 ans à la villa Médicis où il perfectionna sa connaissance de la sculpture antique ainsi que sa maîtrise de la taille directe. Femme, dont l’ondulation de la chevelure et la régularité des traits évoquent l’élégance de la statuaire grecque classique, est la traduction en bronze d’un plâtre exposé dans l’atelier de René Letourneur à Fontenay-aux-Roses (Hauts-de-Seine). Par comparaison avec un buste exposé dans l’ancien atelier du sculpteur, il se pourrait qu’il s’agisse de son épouse Antonia Fiermonte, jeune fille d’origine italienne, dont Letourneur fit la connaissance en 1928 à l’Académie de France à Rome et qu’il épousa à l’âge de 20 ans en 1933.

  • Gunnar NILSON,Figure nue, vers 1950
    FNAC 7343. Statuette en bronze. 51 x 16 x 12 cm.
    S.N.B.ARR. (sur la terrasse) : 5/14 Gunnar Nilson ; CA.B.DR.ARR. (sur le côté senestre du socle) : CIRE/BISCEGLIA/PERDUE
    En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan
    © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Né en Suède, Gunnar Nilsson (1904-1995) s’est formé à l’âge de 14 ans à l’école d’art décoratif de Karlskrona. Installé à Paris à partir de 1928, Il fut alors l’élève de Charles Despiau et Louis Dejean à l’Académie scandinave jusqu’en 1929 puis à l’Académie Jullian jusqu’en 1934, où il reçut l’enseignement de Paul Niclausse. Dès son établissement en France, Nilsson participa à de nombreuses expositions collectives. S’inspirant pour certaines œuvres de la mythologie scandinave et du répertoire animalier, il s’intéressa également au corps féminin, privilégiant les représentations d’adolescentes graciles. Acquise en 1952, Figure nue fut déposée à l’Assemblée de l’Union française à Versailles puis localisée en 2008, lors d’un récolement, à l’hôtel de Marigny, présidence de la République. C’est en 2010 qu’elle fit son retour dans les réserves du CNAP.

  • Hubert YENCESSE, Tête de jeune femme, 1937
    FNAC 5039. Buste en bronze. 28,5 x 22 x 25,5 cm.
    S. sur le col : Hubert Yencesse. En dépôt depuis le 3 mars 2015 au musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan © Adagp, Paris / CNAP / photo : Yves Chenot

    Fils du médailleur Ovide Yencesse, Hubert Yencesse (1900-1987) intégra l’Ecole des Beaux-Arts de Dijon en 1919 où Il y apprit la sculpture auprès de François Pompon et Aristide Maillol. A l’instar de ce dernier, Yencesse consacra une grande partie de son œuvre à la représentation du corps féminin dont il sut traduire toutes les nuances de grâce et d’élégance. Il se distingua également en répondant à de nombreuses commandes officielles (statues en bronze pour la tribune de la salle des assemblées de la S. D. N à Genève et façade du palais de Chaillot en 1937, bas-reliefs pour l’université de Dijon en 1957). Tête de jeune femme était destinée, à l’instar du buste de Cécile par Janniot, à orner l’entrée du bureau du ministre de l’Education nationale Jean Zay (1904-1944).

Le musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan, établissement dédié à la sculpture figurative du XXe siècle, accueille en dépôt, depuis le 3 mars 2015, onze statuettes, acquises par l’État entre 1936 et 1958. Fondues en bronze pour la plupart, matériau privilégié par les artistes au cours de cette période, ces dernières offrent un bon exemple de l’influence exercée par le mouvement dit du Retour à l’ordre sur la statuaire française après 1920.
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CHRONIQUE D'UN MOUVEMENT CONTROVERSÉ
Né dans un contexte de reviviscence intellectuelle et d’aspirations pacifistes, le Retour à l’ordre est un mouvement de réaction, de nature à fois politique et culturelle, dont les principaux promoteurs, Charles-Édouard Jeanneret-Gris dit Lecorbusier et Amédée Ozenfant, sont portés par la croyance en l’émergence d’un monde nouveau, placé sous le sceau de l’équilibre et de l’harmonie. Après le cubisme, ouvrage publié par les deux fondateurs du mouvement en 1918, constitue alors le manifeste de la nouvelle école comme l’illustrent les propos messianiques tenus en préambule par ses auteurs : « Voici que l’ordre, la pureté éclairent et orientent la vie : cette orientation fera de la vie de demain une vie profondément différente de celle d’hier. Autant celle-là était troublée, incertaine de sa voie, autant celle qui commence la discerne lucide et nette ».
Selon les deux théoriciens, soucieux de conjurer les désordres et les horreurs de la Grande Guerre, l’instauration d’une nouvelle aire doit permettre l’épanouissement d’une esthétique régénérée, débarrassée du réalisme servile imposé par l’académisme tout comme des « dérèglements » promus par le fauvisme et le cubisme. Adeptes du retour à une figuration claire et stylisée, les tenants du mouvement emboîtent ainsi le pas à des artistes comme Lucien Schnegg et Antoine Bourdelle, pourfendeurs des excès du symbolisme à la belle Époque, ou encore Pablo Picasso dont les années de guerre sont marquées, sous l’influence d’Ingres et de Puvis de Chavannes, par un retour à la pratique du dessin ainsi qu’à l’étude approfondie des œuvres classiques.
Soutenu par certains critiques tels Emmanuel de Thubert et Adolphe Cadot, créateurs du magazine La douce France, le mouvement fédère donc dès le début des Années Folles un grand nombre d’artistes soucieux de remettre en cause le modernisme de la Belle Époque. Si le phénomène va exercer sur les peintres ayant appartenu à la mouvance cubiste une influence manifeste, comme l’illustre le retour à la notion de profondeur ainsi qu’à la primauté du dessin sur la couleur, c’est essentiellement dans le domaine de la sculpture qu’il va connaître la résonance la plus forte et la plus prolongée. Entre 1919 et les premières années qui succèdent à la Seconde Guerre mondiale, la majeure partie de la jeune génération des sculpteurs français, Paul Belmondo, Raymond Delamarre, Auguste Janniot ou encore Paul Landowski, subissent en effet son influence, à l’exception d’artistes comme Constantin Brancusi, Ossip Zadkine et Jacques Lipchitz qui font alors figure de cas particuliers.
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LE DÉPÔT DU MUSÉE DESPIAU-WLÉRICK
Conservé jusqu’alors dans les réserves du Centre national des arts plastiques, le fonds déposé depuis au musée Despiau-Wlérick regroupe six portraits, présentés sous la forme d’un buste ou d’une simple tête, et cinq nus. Marqués par une forte homogénéité stylistique, ces derniers sont l’œuvre d’une dizaine d’artistes aux sensibilités variées dont les noms ont été également associés à l’ornementation des grands monuments publics construits à Paris lors de l’Entre-Deux-Guerres (Palais de la Porte Dorée de 1931 et Palais de l’Exposition universelle de 1937).
Petite fille de Paul Belmondo, exposée en 1941 au Salon d’Automne sous le numéro 130 puis acquise par l’administration le 18 novembre 1941, demeure une des œuvres les plus emblématiques de cet ensemble. Déposée au ministère de l’Intérieur entre 1943 et 2006, cette dernière appartient à une longue série de portraits que l’artiste exécuta dès ses débuts, aux côtés des grandes  commandes dont il bénéficia tout au long de sa carrière tels que le relief du Fronton du foyer civique d’Alger en 1935, le bas-relief de la Danse pour le palais de Chaillot en 1937 ou encore le groupe d’Apollon pour l’autoroute de Saint-Cloud en 1942.
Le modèle, bien qu’il ne soit pas clairement identifié, représente une petite fille du nom de Noëlle, qui appartint probablement à l’entourage de l’artiste. Comme bon nombre d’effigies produites par les contemporains de Paul Belmondo, celle-ci est présentée de face, la tête, le cou et la poitrine s’organisant selon une symétrie parfaite que soulignent encore l’arête du nez et le chignon de la chevelure, harmonieusement répartie de chaque côté des oreilles. Délaissant la représentation de tout accessoire décoratif ou vestimentaire au profit d’une figuration sobre et stylisée, l’artiste a porté toute son attention sur l’expression du visage dont les grands yeux rêveurs, perdus dans une lointaine contemplation, le nez droit et la bouche petite expriment une intériorité profonde, teintée de mélancolie.
Inspirée par les bustes de la Renaissance et les gracieux portraits d’enfants d’Houdon, l’œuvre illustre ainsi la quête d’essentiel qui anime les sculpteurs de cette génération ainsi que leur intérêt marqué pour des sujets incarnant un idéal de pureté et d’innocence. Elle constitue aussi un témoignage sincère de l’attention portée par nombre d’entre eux à des sujets simples et quotidiens, au sein d’ une époque soucieuse de remettre à l’honneur la natalité et les valeurs familiales.
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L'APPORT DU RETOUR À L'ORDRE
L’avenir radieux dont rêvèrent les défenseurs du Retour à l’ordre n’eut cependant pas lieu comme en témoigne le chaos dans lequel sombra l’Europe entière dès 1939. En dépit des compromissions malheureuses dont certains artistes appartenant à ce courant firent preuve au cours de l’Occupation (Bon nombre firent partie du « voyage d’études » en Allemagne de 1941, organisé par Arno Breker et l’ambassade d’Allemagne), le mouvement laisse un héritage fécond. Loin de n’être que de simples copistes, inspirés par les styles du passé, ses représentants furent à l’origine d’un véritable classicisme moderne qui dans sa tentative de conciliation entre tradition et modernité suscita un renouvellement de l’art du portrait et du nu. C’est ce dont témoignent encore aujourd’hui les 559 sculptures de l’Entre-Deux-Guerres, inscrites sur le registre de la collection du Centre national des arts plastique. En effet, parmi celles-ci, 233 sont des portraits et 101 des nus, au style fortement influencé par l’esthétique classicisante.

Stéphane ALLAVENA
Conservateur du patrimoine
Mission de récolement
Centre national des arts plastiques

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Bibliographie et sources
BREON Emmanuel ; MILLET, Catherine. Paul Belmondo : la sculpture sereine. Paris, Somogy, 1997.
FOURNIE, Jean (Sous la direction de) ; FROISSART, Rosella. La Douce France, une esthétique sculpturale du Retour à l’Ordonnance. Aix-en-Provence, Université de Provence, 2010.
JEANNERET, Charles-Edouard ; OZENFANT, Amédée. Après le Cubisme. Paris, Ed des commentaires, 1918.
Le Retour à l’Ordre dans les arts plastiques et l’architecture, 1919-1925 : Actes du second colloque d’histoire de l’art contemporain tenu au musée d’art et d’industrie de Saint-Etienne les 15, 16 et 17 février 1974. Saint-Etienne, Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’expression contemporaine, 1975.
SILVER, E. Kenneth. Vers le retour à l’ordre : l’avant-garde parisienne et la Première Guerre mondiale, 1914-1925. Paris, Flammarion, 1991.
Une moderne antiquité : Picasso, De Chririco, Léger, Picabia. Catalogue d’exposition organisée au musée Picasso d’Antibes, 18 février – 20 mai 2012. Antibes (Alpes-Maritime) : Musée Picasso Paris : Hazan, 2012. 

Dernière mise à jour le 21 mars 2018