Galerie municipale de Rutebeuf
Moteurfucker
Une proposition de Grout/Mazéas

Comme souvent, une association d'idées en entraîne une autre. En découvrant la Maison du peuple de Clichy, Sylvain Grout et Yann Mazéas se sont dit qu'ils pouvaient d'une part, tenter de lui restituer quelques heures durant son statut de lieu de spectacle, de lieu populaire, sa singularité architecturale. En faire un lieu fantôme. Une sorte de Titanic.
D'autre part, ils ont souhaité réaliser un film qui serait la trace d’une action, la trace d'un événement : une sorte de tour de force consistant à faire monter une trentaine de motards au premier étage du bâtiment, organisant ainsi un rassemblement de bikers dans une sorte de cinéma déglingué, un drive-in intérieur.
Car après tout, qu’est-ce qu’un motard ? Un motard, ça se rassemble entre potes, ça boit des bières et ça fait tourner sa moto, ça fait chauffer ses pneus. Un lieu de spectacle, ça accueille des gens, ça rassemble un public autour d'un ring ou devant un film, sur une piste de danse …
La relation entre motards et cinéma s’inscrit, pour Grout/ Mazéas, dans un genre de fiction qu’ils ont déjà mis en avant dans leur travail : relation au western comme au road movie … le motard symbolise une posture héroïque digne des pionniers du far west. Il y a aussi l’'idée de la bande, de l'équipée sauvage autant que la horde sauvage. La référence à Marlon Brando est évidente.
Dans le choix du titre Moteurfucker, il y a une sorte de geste un peu ironique d'un rêve américain à la française. Que devient le mythe du motard d'Easy rider ? des grands espaces américains ? de son désir de liberté ? des canyons ? … que devient le mustang sauvage ? le bronco indomptable ?… dans les rues de Clichy ?
Moteur en français … fucker en anglais, en américain. Le terme est sur-employé dans tellement de films que les artistes en ont édité une série limitée de trois tirages sur des blousons de moto présentés ici.
Moteurfucker, c'est un peu aussi, le casse- moteur, la machine qui ne tourne plus, l'utopie d'un lieu pour le peuple qui ne fonctionne plus. Le lieu, pensé comme une architecture totalement modulable, construite pour s'adapter aux différents besoins populaires de distractions et de spectacles est désormais complètement grippé.
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Sylvain Grout, représentant le collectif Grout/Mazéas a été aidé en 2011 pour une recherche intitulée "Empreinte et burlesque"