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Centre national des arts plastiques

Fondation espace écureuil pour l'art contemporain

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Marine Bourgeois

Respiration

Arts plastiques - Exposition
08 juillet • 05 septembre 2009
Marine Bourgeois est une artiste qui vit le temps à un autre rythme que tout un chacun. Elle dit que le rythme est une porte ouverte à quelque chose d’informulable, mais de fondamental à soi, quelque chose qui comble et qui remplit. C’est une chose organique, basé sur les deux temps de la respiration. Elle peint comme elle respire, en deux temps : des séries de traits (le temps, le décompte de la vie), tous fait en deux coups de pinceau, à l’encre de Chine ; en deux temps, ceux de la respiration. Le temps s’écoule, rythmé par la respiration, par la peinture. Pour certains, l’art ne peut être que lenteur, méditation et silence. Marine Bourgeois est de ceux-là. La contemplation est son mode de fonctionnement au monde. Elle dit : «la vie me prend tout mon temps». C’est ce qui sera visible dans l’exposition : ce temps redimentionné. Des images de peu : de la peinture, de la photographie, de la vidéo où dit-elle «il n’y a pas grand chose à voir», sinon un temps lent qui s’écoule. Prenons le temps.
Complément d'informations : 
Ici, pas d’accident, d’anecdotes, de narration, pas d’inspiration, mais du lent, du rien, de l’instant présent à jamais renouvelé et à nouveau là, en tout point égal à tous les autres. Cet instant est fait d’un souffle, de deux gestes de la main pour tracer un trait, des milliers de traits pour un seul et même geste. Tracer ainsi, sans début et sans fin, le même instant, le seul, l’unique parce qu’inlassablement le même, pour ce qui est de la peinture. Cet instant est fait d’un pas, d’un bruissement d’arbre, de vague, de celui d’un pied marchant dans la boue, d’un rai de lumière, du lent gravissement d’une colline, du mouvement du vent sur un champ de blé pour ce qui est de la vidéo. Sons légers, ni pesants, ni forts et marches lentes au bord de l’eau ou dans le chemin. Cet instant est fait d’images où le trop peu de lumière empêche l’empreinte de s’inscrire de manière sûre. Des photos d’arbres dans le brouillard et d’eau comme des traces d’encres qui se diluent. Où l’image photographique est donnée à voir comme une sensation de matière picturale et aussi comme une impression fugitive du rêve qui s’échappe et qu’on ne sait retenir. Ainsi, il reviendra. Cet instant est fait de courtes phrases, qui égrènent le temps. Pas un journal, mais une suite d’instants de fines perceptions, quelque chose de l’ordre du satori, être présent au monde dans ses humbles bonheurs. Morceau choisi : 15 juin, le champ de coquelicots : une pulsation d’absolu. Pour parcourir cette exposition, l’idéal serait de retirer sa montre. Et accepter de ne plus être dans ce temps chronométré que, même en vacances, nous nous dépêchons de recréer. Car peut-être, sans cette aliénation au rythme journalier, serions-nous perdu alors par tant de liberté et sûrement apeuré par cette soudaine confrontation à soi-même. Ici, il vaudrait mieux parler de vacance. Michel Foucault parlait des « pratiques de soi ». Nous y voilà. Marine Bourgeois nous invite à une approche non intellectuelle du monde, ses œuvres sont la conception de la pure perception. Une fois quelques images vues, le concept compris, la montre retirée, il faudrait, paradoxalement pour une exposition, aussi fermer les yeux et ainsi se laisser aller à la sensation du temps éminemment présent. Se laisser aller à réinventer son propre temps et sentir que fondamentalement, par chaque instant présent, nous faisons partie d’un monde que nous constituons et qui nous constitue. Ici, la tentation est forte d’inscrire des mots en gras, en italique, les souligner, surligner, mais cela ferait trop de bruit dans cette œuvre si intensément discrète. Fermer les yeux pour ne pas passer à côté. Sylvie Corroler-Talairach Commissaire de l’exposition «Avant d’entamer ma pratique des traits à l’encre de Chine, dans une période incertaine, je me souviens avoir cherché à peindre le courant, non pas l’eau, mais le courant de l’eau, désir bien trop ambitieux, car le courant n’existe pas, il est entre les choses, il est ce qui les anime, ce par quoi elles tiennent, il est l’énergie. C’est dans la contemplation du courant du fleuve que je me rapproche le p lus de toi, quand je suis seulement dans la lumière, dans ce rien là, je te trouve. La lumière est le passage de toi à moi. Comme un nuage se fond dans d’autres nuages, impersonnelle, tu veilles pourtant.»
Horaires : 
du mardi au samedi de 11h à 19h30 premier dimanche du mois de 15h à 19h30
Dernière mise à jour le 23 sept. 2011
Directrice : Sylvie Corroler-Talairach
Assistante de direction : Julie Rouge
Médiatrice : Marion Viollet