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Centre national des arts plastiques

les sœurs H

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Biographie

Marie dit :

Voici deux phrases qui pourraient résumer en quelques mots mes recherches dans mon travail d’écriture. Car d’une manière générale, j'essaie de faire en sorte que la forme puisse, à elle seule, raconter une histoire, ou du moins renforcer le propos. C’est pourquoi j’aime beaucoup travailler sur le fragment, sur les sonorités, les rythmes, sur les entrechoquements de langues, de structures narratives. Que se soit en parties, en séquences, en fragments, ou par l’intermédiaire de césures, je tente de déconstruire une pensée linéaire, afin que le sens surgisse de l’extérieur des phrases
plutôt que des phrases elles-mêmes, de la béance que crée le fragment plutôt que du fragment lui-même. Et que le sens surgisse du rythme des mots et de leur musique plutôt que de leur signification. Cette volonté de déconstruire un récit linéaire serait il me semble, le premier point commun avec Isabelle.
Si j’aime travailler ainsi, c’est parce que je m’inspire toujours d’éléments de la vie quotidienne (second point commun avec Isa) et que l’anecdote est sans conteste l’élément principal des histoires que j’écris. Et c’est parce que j’aime travailler sur le petit, le banal, que je tente par la forme de le décaler du réel (en ponctuant par exemple une scène de didascalies, en réduisant des propos à des sons, etc.). De même que j’aime à créer du jeu pour l’acteur, en inventant des jeux de langue qui le conduisent à jouer d’une façon autre que psychologique, j’aime à bouleverser par des jeux de forme, les codes théâtraux que je juge parfois un peu sacrés et poussiéreux. (Autre point commun: une certaine légèreté à ne pas se soucier des codes et des genres en vigueur dans nos deux disciplines).
Pour ce qui est de la notion de personnages, les miens sont plutôt des figures, et quelque soit leur statut, ils ne sont jamais héroïques. (Quatrième point commun). Je dirais pour ma part qu’ils sont tous dans une urgence de dire, et qu’ils jettent leurs pensées narcissiques, déversent leur intime le plus profond (en vrac, le plus souvent). Ce sont des personnages à la recherche de leur construction d’identité, dont le dire et le comment dire leur importe plus que ce qu’ils disent. Enfin, je dirais qu’en déconstruisant une pensée linéaire, je cherche non pas à transmettre un message, à rendre compte d’un seul sens, mais de mille, et qu’il revient au spectateur de construire sa propre histoire, à travers tous ces méandres. Il me semble que nos travaux (avant dernier point commun) interrogent bien plus qu’ils n’affirment, et qu’ils partent tous deux du petit, de l’intime, pour atteindre « l’universel », c’est-à-dire nous, dans l’Autre, tout ce qui nous fait nous reconnaître en lui.
Notre toute dernière connivence serait alors cette ironie qui se dégage des mésaventures de ces anti-héros qui peinent avec leur existence pas toujours très glorieuse, cette sorte d’humour noir (mêlée plus de nostalgie et de tristesse pour Isa, et de second degré et de cruauté pour moi).

Isabelle dit :

En parallèle à ma recherche photographique, la vidéo s’est imposée à moi. Pas seulement, en permettant aux figures de se mouvoir mais plutôt comme un fragment de « temps (réel ?) ». Bout de temps dans lequel le quotidien et la banalité peuvent se révéler extraordinaires. Mon travail joue de ces limites entre le quotidien et l’extraordinaire, le vrai et le faux, entre l’absurde et la gravité de certaines situations ou émotions ressenties. Il y a tout un jeu de construction-déconstruction, essai de narration aussitôt mise à mal, une construction déstructurée qui nous balade de la réalité à la fiction.
La mise en scène, le jeu et le travestissement plus ou moins poussé des « personnages » participent à ma volonté d’affirmer le simulacre dans ses situations banales. Les grimaces, les expressions ou les gestes répétés, la parole absente comme autant de secrets enfouis. Les « personnages » ne s’expriment pas à proprement parler, ils sont réduits à des modèles, jouant un petit rôle et puisant tour à tour dans les clichés, codes et anecdotes diverses. Mes images ne sont pas pour moi la réalité vue devant nos yeux.
Je cherche plutôt à en faire une image qui dissimule, qui invite à plusieurs lectures, plusieurs histoires. Je veux brouiller les pistes. Et, en intégrant du texte et du son, je brouille les pistes un peu plus. Le texte et l’image ont une vie propre, les liens alors créés, par leur rencontre, visent à perturber un peu plus encore la narration. En effet, je ne cherche pas à faire une image qui illustre le texte, je ne cherche pas à faire interpréter le rôle du personnage du texte, mais plutôt à mettre en place un jeu de va et vient, tour à tour « calage » et décalage entre le texte, l’image et le son.
« Beginning and ending is not really exciting »
« Les paragraphes ont un rythme émotif, les phrases pas » G. Stein

Dernière mise à jour le 13 Mai 2013

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