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Collection historique

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Les neuf aquarelles d'Hippolyte Boussac

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Détails de tombes » (FNAC 2667). Ces détails proviennent des tombes d’Horemheb (TT78), tuteur de la fille de Thoutmosis IV, d’Ouserhat et de Sennedjem. A gauche on peut voir un serviteur portant un plateau chargé d’œufs et de plumes d’autruche, tenant dans sa main droite un lièvre et conduisant un bouquetin. Produits exotiques et donc de luxe, les œufs et plumes d’autruche sont un symbole de prospérité, tandis que les animaux du désert sont investi d’une symbolique complexe évoquant la victoire sur la mort. Le motif central est une treille de foulage servant à la fabrication du vin. Elle provient de la tombe d’Ouserhat. A droite, enfin, la fille de Sennedjem, Hetepou, est représentée un canard bleu à la main et humant une fleur de lotus.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Sennefer TT 96 : barque funéraire » (FNAC 2388). Sur une barque ornée à la proue et à la poupe d’une ombelle de papyrus, protégés par un dais, Sennefer et sa femme reviennent du pèlerinage à Abydos, la ville sacrée du dieu des morts Osiris. Un serviteur à l’avant de la barque verse une libation devant une table chargée d’offrandes. Cette scène était en fait pratiquement effacée lorsque Boussac l’a peinte, il a donc reproduit à l’identique une autre vignette située un registre plus haut.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Sennefer TT 96 : rameurs » (FNAC 2389). La barque sur laquelle voyage Sennefer est tirée par cette embarcation : on peut y voir un chef d’équipe à l’avant, un équipage de rameurs et un petit personnage maniant le gouvernail à l’arrière. Le texte hiéroglyphique, tout comme dans l’image précédente commente et donne le nom et les titres du propriétaire de la tombe.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), «Tombe de Sennefer TT 96 : prêtres» (FNAC 2390). Cette aquarelle n’est qu’un détail de la scène située sur la paroi nord du caveau. Elle représente un rituel funéraire appelé « Ouverture de la bouche » qui vise à redonner au défunt ses capacités sensorielles et physiques. Ici, seuls trois prêtres sont reproduits. Deux d’entre eux portent le costume sacerdotal en peau de léopard. Le plus grand verse de l’eau devant le défunt et sa femme qui ne figurent pas sur l’aquarelle. C’est le prêtre sem qui dirige la cérémonie. Le second tient une autre aiguière et un encensoir fumant. Un troisième acolyte présente deux bâtons en forme de serpents, ces accessoires, les « Grandes de magie », ne sont pas sans rappeler l’épisode biblique où Moïse rivalise avec les prêtres de Pharaon, chacun transformant son bâton de bois en serpent.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Ouserhat TT 51 : procession » (FNAC 2662). Ce détail de procession est centré sur un prêtre vêtu d’une peau de léopard et tenant dans sa main un bouquet monté. Devant lui avance un autre prêtre et derrière une prêtresse tenant un bouquet et un sistre (sorte de crécelle). La procession se dirige vers Montou, dieu guerrier et Meretseger, la déesse de la montagne thébaine dont le nom signifie « celle qui aime le silence ». Le canon allongé des personnages, en particulier des mains, des yeux et du crâne, les plis du cou, les rubans flottant dans le dos, le plissé et la transparence des riches vêtements de lin, sont des traits caractéristiques de l’art ramesside (époque des Ramsès), héritier des évolutions esthétiques qui ont eu lieu à l’époque précédente sous Akhénaton (père de Toutankhmaon). Hippolyte Boussac a réussi a montrer dans ses moindres détails le raffinement de cette époque, qui atteint son apogée sous le roi Sethi Ier.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Ouserhat TT 51 : Shepset et Taouret » (FNAC 2663). Les deux dames richement vêtues, femme et mère d’Ouserhat, sont assises sous un figuier sycomore et hument des parfums contenus dans des vases d’or ciselés. Au-dessus de chacune d’elle volète son ba : entité volatile de la personnalité, représentée par un oiseau à tête humaine. La scène entière montre le don de nourriture aux trois défunts par la déesse sycomore, qui incarne l’espoir de survie dans l’Au-delà. Elle est reproduite sur d’autres documents actuellement conservés au Musée des Beaux-Arts de Béziers.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Neferrenpet (dit Kel) TT178 : bassin » (FNAC 2665). Ce détail de la tombe de Neferrenpet montre le défunt et sa femme se désaltérant au bassin poissonneux d’un jardin planté de palmiers. L’eau recueillie dans leurs mains s’échappe en filets : trois bandes de chevrons bleus correspondant au signe hiéroglyphique du mot « eau ». Les égyptiens étaient friands de ce genre de jeux de mots. Le pouvoir magique des images permet à Neferrenpet ne jamais avoir soif dans l’Au-delà. cette scène est une vignette du Livre des Morts (littéralement « Livre pour sortir le jour ») des anciens égyptiens : recueil de formules permettant aux défunts de réussir les épreuves qui les attendent après la mort et de jouir de la vie éternelle au royaume d’Osiris.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Sennedjem TT 1 : Routy » (FNAC 2664). Provenant du petit couloir de la tombe du maçon Sennedjem, à Deir el-Medineh, cette scène représente les routy : les deux lions gardiens de l’horizon représenté sous sa forme hiéroglyphique de vallée entre deux versants de montagne. Le soleil rouge qui se lève représente l’espoir d’une nouvelle naissance après la mort.

  • Hippolyte Paul BOUSSAC (1846-1942), « Tombe de Sennedjem TT 1 : Grand chat d’Héliopolis » (FNAC 2666). Tirée elle aussi du Livre des Morts et reproduite dans la tombe de Sennedjem, cette vignette représente un chat tranchant la tête d’un serpent. Le chat se trouve sous un perséa égyptien, l’arbre ished, qui est un arbre sacré. Cette scène est expliquée dans le chapitre 17 du Livre des Morts reprenant des textes plus anciens inscrits dans les sarcophages : « Qui est ce grand chat ? C’est Rê lui-même ». Rê, dieu solaire est représenté en train de combattre le chaos sous la forme d’un serpent souvent appelé Apophis.

LES NEUF AQUARELLES D'HIPPOLYTE BOUSSAC
Lors d'une opération de récolement interne, les conservateurs chargés de la collection historique du Fonds national d'art contemporain ont retrouvé plusieurs aquarelles aux couleurs vives représentant des tombes égyptiennes. Quand l’histoire de l’égyptologie croise celle de la commande d’État aux artistes vivants.
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CHEZ LES CÉLÉBRITÉS DE L’ANCIENNE ÉGYPTE
Les tombes reproduites ici sont parmi les plus célèbres de la Vallée des Nobles et du village des artisans de Deir el-Medineh, sur la rive occidentale de Thèbes. Ces deux nécropoles datent du Nouvel Empire, une époque où Thèbes est l’une des villes les plus importantes de l’Égypte. La richesse du grand temple d’Amon à Karnak, et le fait que les rois de l’époque se fassent enterrer derrière la cime thébaine, ont contribué au développement spectaculaire de la cité.
Les trois premières aquarelles reproduisent la tombe de Sennefer (Tombe Thébaine 96) maire de la ville, connue sous le nom de « Tombe aux vignes » car la voûte du caveau est ornée de grappes donnant l’impression d’une treille. Son propriétaire vécut sous le règne d’Amenhotep II (1427-1400 av. J.C.). Les deux scènes suivantes proviennent de la tombe d’Ouserhat (TT51), prêtre funéraire qui vécut sous Sethi Ier (1294-1279 av. J.-C.). La cinquième aquarelle est tirée de la tombe de Neferrenpet (dit Kel – TT178) du trésor royal du Ramesseum, sous Ramsès II (1279-1213 av. J. -C.). Enfin, les trois dernières œuvres montrent des détails des tombes d’Horemheb (TT78), tuteur d’une princesse royale et d’un des artisans des tombes royales : Sennedjem (TT1).
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HIPPOLYTE BOUSSAC LE MAL-AIMÉ
Ces neuf aquarelles d’une grande qualité sont toutes signées du même artiste : Hippolyte Boussac, dont l’équipe du Musée des Beaux-Arts de Béziers a retrouvé plusieurs dizaines de planches gravées, dessins et aquarelles. De sa vie, on ne connaît pas grand chose, si ce n’est qu’il est né à Narbonne en 1846, et ce qu’en a dit sa bienfaitrice, Paule Paget, nièce du sculpteur Jean-Antoine Injalbert, qui le recueillit à la fin de sa vie alors qu’il vivait dans la plus extrême pauvreté.
Il semble qu’il ait étudié l’architecture sur les bancs de l’École nationale des Beaux-Arts. Il se passionne pour l’égyptologie et suit les cours de Gaston Maspero au Collège de France et à l’École pratique des hautes études. Grâce à celui qu’il appelle « Cher Maître », il est envoyé à l’Institut français des Antiquités orientales (IFAO) en Égypte au début des années 1890. Les lettres qu’il envoie à Maspero montrent qu’il n’a sans doute pas reçu là-bas l’accueil qu’il escomptait. Jacques de Morgan, alors directeur du Service des Antiquités, ne fait pas grand cas de lui : « J’oubliais Boussac », écrit-il dans ses Mémoires, « on ne le voyait d’ailleurs jamais, enterré qu’il était à Thèbes, dans les tombes où il peignait de très belles mais très inutiles aquarelles ».
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QUAND L’ÉTAT VIENT AU SECOURS DE LA PASSION EGYPTOLOGIQUE
Boussac rentre en France et publie la tombe d’Inéni (TT81), qu’il expose au Salon de 1892 et qui lui vaut une médaille de bronze dans la section architecture. Au Salon de 1896, il expose un « Tombeau thébain de la 18e dynastie » qui sera acheté par l’État pour le Musée Guimet. Cette œuvre n’a pas été retrouvée, non plus que la reconstitution d’un autre tombeau, présentée à l’exposition universelle de 1900 et achetée par l’État pour la faculté de Lettres de l’université de Lyon. Très intéressé par les représentations égyptiennes de la faune et de la flore, Boussac publie de nombreux articles dans des revues spécialisées.
En 1910, il tente de repartir en Égypte et doit bientôt demander le secours de l’État qui, par deux fois, lui achète des œuvres. La première série est achetée en 1910 : ce sont les trois aquarelles de la tombe de Sennefer. La deuxième série, commandée en 1911, comporte les six autres œuvres. On ne saura sans doute jamais pourquoi ces neuf aquarelles n’ont pas rejoint un institut quelconque. Elles semblent en tout cas avoir été choisies dans un but pédagogique car elles montrent des scènes très caractéristiques de l’art égyptien.
Grâce à dépôt au Musée de Beaux-Arts de Béziers, ces œuvres vont bientôt pouvoir compléter une collection déjà importante, et être montrées au public.
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Hélène Bouillon
Conservateur du patrimoine
Centre national des arts plastiques
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POUR EN SAVOIR PLUS 1

  • 1.
    Hippolyte Boussac et l'Égypte, 2004 [Catalogue de l’exposition au Musée des Beaux-arts de Béziers juillet 2004], Béziers.
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    ALLEMAND-COSNEAU C., 2008, « Le rôle de la commande publique de l’Etat aux artistes vivant depuis la fin du XVIIIe siècle », in Les dépôts de l’Etat au XIXe siècle : politiques patrimoniales et destins d’œuvres, [Colloque à l’auditorium du Musée du Louvre du 8 décembre 2007], Paris, pp. 160-171.
    _
    BOUSSAC H., 1892, « Thèbes : découverte archéologique ; tombeau de Pa-neb », L’Architecture 5, pp. 418-421.
    _
    BOUSSAC H., 1896, Le tombeau d'Ana, Mémoires publiés par les membres de la mission archéologique française du Caire 16, Le Caire.
    _
    BOUSSAC H., 1931, « La dame au sycomore », Gazette des Beaux-arts 5, pp. 201-208.
    _
    DAVID E., 1999, Gaston Maspero 1846-1916. Le gentleman égyptologue, Paris.
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    JAUNAY A., 1997, Mémoires de Jacques de Morgan, 1857-1924. Souvenirs d’un archéologue, Paris.
Dernière mise à jour le 07 août 2014