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Collection historique

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Le baptême de Clovis

  • Jean ALAUX dit LE ROMAIN (1786-1864), « Le Baptême de Clovis » (FNAC PFH-7125). Huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-arts.

    Victor Hugo évoque sans le nommer cet important tableau (2,48m x 3,10m) dans une lettre adressée depuis Reims à sa femme le 28 mai 1825 « Le roi arrive aujourd'hui à midi. Notre camarade Alaux a fait un fort beau tableau qui figurera dans la salle du banquet ». L’église Saint-Rémy de Bèze (Côte-d’Or) conserve une copie de cette œuvre commandée en 1841 par l’Etat pour 1000 francs à un artiste bourguignon, Félix-Nicolas Frillié (1821-1863).

  • Alexandre-Denis ABEL DE PUJOL (1785-1861), « Le Baptême de Clovis » (FNAC PFH-7127). Huile sur toile. Reims, cathédrale Notre-Dame. Disparu.

    Commandé en 1824 pour 10 000 francs et exposé au Salon la même année, ce tableau (3m x 5,10m), protégé au titre des monuments historiques en 1896 (la date n’est pas innocente), encore présent lors des inventaires de 1905, n’est aujourd’hui connu que par des études conservées au musée de Valenciennes et une gravure publiée en 1827 dans « Annales de l’école française des Beaux-arts […] par Antony Béraud ». L’auteur précise que « depuis l’exécution de notre gravure, M. Abel a fait à son tableau quelques changements heureux. La main droite de Clovis tient maintenant le sceptre. Le diacre, placé sur un plan plus éloigné, entre Clovis et saint Rémy, ne porte plus de cierge ».

  • Jules Alfred Vincent RIGO (1810-1892), « Le Baptême de Clovis » (FNAC PFH-7133). Huile sur toile. Reims, Musée des Beaux-arts.

    Absent du musée, l’immense tableau (4,60m x 7,15m) fut commandé en 1857 pour 6000 francs, exposé au Salon de 1859 puis attribué au musée de Reims en 1862. L’Etat commanda en 1871 à l’artiste une réplique de taille très réduite de son œuvre pour 3000 francs et l’envoya au musée de Valenciennes en 1874. La propriété du tableau a été transférée à l’établissement en 2005 dans le cadre de loi « musées » promulguée en 2002.

La mort de Clovis étant inscrite parmi les célébrations nationales de 2011, comment les œuvres acquises par l’Etat ont-elles rendu compte de l’existence historique et légendaire du personnage ?
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DE L’HISTOIRE AU MYTHE
Le règne de Clovis, à la fin du Vème siècle, s’inscrit à l’époque de l’effondrement de l’Empire romain. Clovis s’impose face aux autres tribus barbares et, à sa mort en 511, il exerce son pouvoir sur un vaste territoire qui s’étend du Rhin aux Pyrénées, exception faite de la Bretagne, de la Burgondie et de la Septimanie. Mais plus que cette réunion de terres, l’Histoire a surtout retenu la conversion du roi à la religion chrétienne sous l’influence de sa femme Clotilde, ainsi que ses soldats. Cependant, l’évangélisation de la France n’a pas, historiquement, commencé avec Clovis mais bien avant. La date même de son baptême à Reims par saint Rémy le jour de Noël 496 est douteuse car il est vraisemblable que Clovis a été baptisé en 498 ou en 500 (on a malgré tout perpétué la tradition en 1896 et en 1996 pour les commémorations des 14ème et 15ème centenaires). Devenu mythe, Clovis allait symboliser « l’alliance du trône et de l’autel » pour reprendre l’expression forgée par les Républicains, et les souverains des dynasties capétienne, Valois et Bourbon seront sacrés dans la cathédrale de Reims (sauf Louis VI à Orléans, Henri IV à Chartres, et Louis XVIII qui ne fut pas sacré).
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DU MYTHE A L’EXPRESSION ARTISTIQUE
Huit scènes de la vie de Clovis semblent avoir retenu l’attention des artistes au fil des siècles : l’enfance (Clovis trouvé par un pêcheur au bord de la Marne), l’épisode du vase de Soissons, l’union avec Clotilde, la bataille de Tolbiac et le vœu, le baptême à Reims par saint Rémy, la bataille de Vouillé, l’arrivée à Tours, Clovis hissé sur le pavois et reconnu roi. Mais un sujet a été privilégié, surtout par les peintres, et en lien avec le mythe : le « Baptême », qui continuera d’apparaître pendant les Salons du XIXe siècle et pour la dernière fois à celui de 1906. Les œuvres représentant Clovis et acquises par l’Etat pendant cette période, qu’elles aient été commandées à l’artiste ou achetées pendant un Salon, suivent cette tendance : on compte sur les cahiers d’inventaire 12 « Baptême », 1 « Mariage », 1 « Bataille de Tolbiac », 1 « couple Clovis-Clotilde », 1 « triomphe de Clovis ». La Champagne et le département de la Marne n’ont été dépositaires que d’une minorité d’œuvres (3 « Baptême » à Reims), les autres se trouvant réparties entre diverses régions et Paris.
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LE « BAPTÊME DE CLOVIS » DE JEAN ALAUX « LE ROMAIN » (BORDEAUX, 1786- PARIS, 1864)
Commandé à l’artiste par l’Etat pour 6000 francs en 1822, le tableau était achevé en 1825 et présenté à Reims pour la 1ère fois à l’occasion du banquet donné à l’archevêché pour le sacre de Charles X le 29 mai. Le peintre assistait aux festivités en compagnie de Victor Hugo et de Charles Nodier, ayant ensemble effectué le voyage depuis Paris. La commande de l’œuvre précédant le sacre du roi, rien dans le tableau ne vient rappeler l’évènement contemporain (où le roi, comme Clovis par saint Rémy, est oint de chrême par l’archevêque). La rigoureuse symétrie de la composition, le cadre architectural imposant, la lumière vive (dans les rayons de laquelle on cherche en vain la colombe légendaire apportant l’ampoule contenant le chrême), les costumes aux couleurs chatoyantes rappellent le milieu du théâtre et des spectacles que fréquentait l’artiste, dont le père et un frère étaient par ailleurs peintres en décors et en panoramas. L’idéologie est ici clairement absente au bénéfice de la restitution archéologiquement fantasmée d’une scène avant tout historique.
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Virginie Inguenaud, Responsable des collections historiques (1791-1870)
Centre national des arts plastiques

Dernière mise à jour le 30 juin 2014