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Une collection sans murs

Collection historique

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L’œuvre la plus ancienne du fonds: le triptyque de Châtillon-sur-Chalaronne (Ain)

  • Anonyme, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Panneau central (H : 80 cm ; LA : 160 cm) : la Lamentation ou la Déposition. En faisant abstraction des deux donateurs agenouillés près de la scène qu’ils ont fait peindre, le personnage féminin debout à droite est étranger à l’iconographie traditionnelle de la Lamentation. Cette figure est à rapprocher de la Sainte Madeleine de la Mise au tombeau du musée Denon à Chalon-sur-Saône.

  • Anonyme, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Panneau central : détail de l’encadrement avec la date.

  • Anonyme, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Panneau central : détail de l’encadrement avec son ornementation. Si les têtes d’angelots et autres putti restent couramment utilisées sans signification particulière à des fins décoratives, les branchages de chêne sont souvent employés comme synonymes de force et de solidité, qualités tant morales que physiques (chêne et force se traduisent d’ailleurs en latin par le même mot : « robur »). Ce sont peut-être là des allusions aux mérites et vertus des commanditaires, des membres de la famille Blanchard dont les armoiries (un arbre arraché de « sable » -synonyme de noir en langage héraldique- portant des fruits) sont peintes au revers.

  • Anonyme, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Volet gauche (H : 80 cm ; LA : 82 cm) : l’Agonie du Christ au jardin des oliviers.

  • Anonyme, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Volet gauche (H : 80 cm ; LA : 82 cm) : l’Agonie du Christ au jardin des oliviers.

  • Anonyme, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Revers des volets gauche et droit : l’Apparition du Christ à la Vierge » et « l’Apparition du Christ à Marie-Madeleine (grisailles).

  • Anonyme,, Triptyque de la Lamentation (FNAC 800). Panneau central : détail, sur fond de paysage, du visage de Joseph d’Arimathie et de son vêtement à brocards. En parallèle d’emprunts ponctuels aux gravures de l’allemand Dürer que l’on remarque tant sur le panneau central que sur les volets, d’autres sources sont puisées à l’étranger : la technique très flamande utilisée pour les brocarts et le rendu des paysages dont les enrochements et la gamme chromatique évoquent les œuvres contemporaines de Joachim Patinir, originaire de Dinant (act. Belgique).

Par le biais d’un achat effectué par l’Etat en 1893, le Fonds national d’art contemporain a porté sur ses registres d’inventaire une œuvre anonyme du début du XVIe siècle, peinte sur bois : le triptyque de la « Lamentation » conservé à Châtillon-sur-Chalaronne. C’est l’œuvre la plus ancienne qui soit encore aujourd’hui gérée par le service. Elle bénéficie par ailleurs d’une protection au titre des monuments historiques depuis le 25 janvier 1913. Le singulier mode d’acquisition de cet exceptionnel triptyque a permis sa sauvegarde via une mise en dépôt dans une structure muséale.
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UNE VILLE ET DES LIEUX
Acquis par l’Etat le 8 janvier 1893 auprès de l’hospice de Châtillon-sur-Chalaronne, le triptyque, pressenti pour le musée de Bourg-en-Bresse, fut demandé en dépôt en mai 1893 par la municipalité de Châtillon pour enrichir les collections du musée alors installé dans l’hôtel de ville (ce dernier occupait depuis la Révolution les bâtiments de l’ancien couvent des Capucins). Remisé dans un grenier à partir de 1913 et jusqu’en 1923 pendant la démolition du couvent et la construction d’une nouvelle mairie, placé ensuite dans la salle de la Justice de paix puis dans la salle de réunion du Conseil municipal, le triptyque a finalement rejoint dans les années 1990 la tisanerie de l’ancien hôpital qui venait d’être transformé en musée.
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UNE DATE ET DES COMMANDITAIRES
Bien que l’histoire du triptyque avant son acquisition par l’Etat reste floue, une donnée est sûre : sa datation. Malgré un certain nombre de manipulations et de déplacements, l’encadrement d’origine a en partie été préservé, grâce à quoi l’observateur moderne peut toujours y lire la date de 1527 en chiffres romains, inscrite au sommet de chacun des pilastres encadrant le panneau central. Ces pilastres, sculptés en léger relief, sont ornés de têtes de chérubins et de motifs végétaux stylisés parmi lesquels on reconnait néanmoins des feuilles de chêne et des glands. Le couple de commanditaires est classiquement montré en prière à genoux de part et d’autre la « Lamentation », mais sans l’habituelle présence des saints patrons. On ne connaît donc pas les prénoms des commanditaires mais on sait cependant grâce aux armoiries peintes au revers du panneau qu’il s’agit de membres de la famille Blanchard. D’origine bressane, enrichie par le commerce et le travail du cuir, cette famille a donné à la ville de Châtillon-sur-Chalaronne, appelée autrefois Châtillon-en-Dombes, plusieurs notaires et procureurs du roi.
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UN CERTAIN MILIEU ARTISTIQUE
Le triptyque de Châtillon-sur-Chalaronne peut être rapproché de deux autres tableaux peints sur bois conservés en Bresse et en Franche-Comté : le triptyque de la collégiale Notre-Dame de Bourg-en-Bresse (Ain) daté de 1523, et le panneau des années 1520 de l’Institution des Ursulines de Dôle (Jura). Ces trois œuvres, qui se rattachent à la production bourguignonne du premier tiers du XVIe siècle, représentent une « Déploration » ou une « Mise au Tombeau » dont le groupe formé par le Christ et Joseph d’Arimathie est identique. A défaut d’avoir été exécutées par la même main, ces trois œuvres sont sans doute issues d’un même atelier ou procèdent d’un modèle commun. Sans compter, pour la composition et non pour le style, des emprunts à la « Petite Passion » de Dürer, série de trente-sept gravures publiée en 1509-1511 qui a inspiré de nombreux artistes. Grâce à de récentes recherches, ces trois tableaux et une vingtaine d’autres ont pu être regroupés autour de la personnalité artistique de Grégoire Guérard, peintre établi à Tournus (Saône-et-Loire) dont l’activité est attestée dans la région de 1518 à 1530.
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Virginie Inguenaud, Responsable des collections historiques (1791-1870)
Centre national des arts plastiques
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Pour en savoir plus1

  • 1.
    CHEDEAU C., 1990, « notice n°22. Triptyque. La Lamentation », in La Peinture au Bourgogne au XVIe siècle, 1990, catalogue de l’exposition du musée des beaux-arts de Dijon, Musée des Beaux-arts de Dijon, Dijon.

    TOUZE R., 1999, « notice n°8. Triptyque de La Lamentation », in Ain sacré. Trésors peints sur bois, catalogue de l’exposition du Palais épiscopal de Belley, Conseil général de l’Ain, Bourg-en-Bresse.

    ELSIG F., 2005, « Un peintre de la Renaissance en Bourgogne, le Maître du triptyque d’Autun (Grégoire Guérard ?) », in La Revue de l’art, 2005-1, n°147, p. 79-60.

    ELSIG F., 2009, « Le présumé Grégoire Guérard et la peinture en Bresse au temps de Marguerite d’Autriche », in Brou, un monument européen à l’aube de la Renaissance, Editions du Patrimoine/Centre des Monuments Nationaux, Paris, p. 147-160.

Dernière mise à jour le 30 juin 2014