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Centre national des arts plastiques

Galerie Dix9

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Kosmos

Arts plastiques - Exposition
17 novembre 2018 • 13 janvier 2019

Figure singulière de la scène picturale française, Karine Hoffman nourrit son oeuvre de traces de mémoires fantômes qu’elle traduit sur la toile dans un élan presque mystique. Pour sa première exposition à la Galerie Dix9, l’artiste présente un corpus de peintures récentes construites telles des équations impossibles à résoudre, des énigmes, des fragments d’enquête, faisant référence à des lieux, à des vies oubliées, de Varsovie à Vilnius.

Karine Hoffman définit elle-même sa peinture comme «un filtre qui révèle ce qui est tombé dans l’oubli, un endroit étranger à moi-même où tout peut surgir : un lieu complexe, un grand coffre à jouet ne cessant de me surprendre.» Sa peinture occupe une place peu commune. En effet, telle une oeuvre borgésienne, et dans la lignée complexe des peintres allemands du XXe siècle, comme à la suite des Désastres de la Guerre de Goya, Karine Hoffman s’empare d’une histoire de l’art caractérisée par un goût pour le romantisme noir, l’énigme picturale, le récit personnel.


Elle se libère de l’opposition traditionnelle entre classique et moderne, en envisageant les liens immémoriaux d’un questionnement sur l’individu. Le vocabulaire de Karine Hoffman, empreint de références à l’histoire de l’Europe et aux récits personnels, se construit par sérendipité.
Il se nourrit de la philosophie de Walter Benjamin et des oeuvres de Bruno Schulz*, inscrivant son travail dans les réflexions et les préoccupations de la MittelEuropa. Mais également de l’expérience de la barbarie des totalitarismes (nazisme et stalinisme) dont certains membres de sa famille ont été les victimes.


L’exposition fait écho au roman Kosmos - forme même de l’anti-roman - de Witold Gombrowicz. À partir de minces indices, l’écrivain polonais construit un récit qui semble policier, une enquête faite d’égarements, de fantasmes. Une oeuvre qui constitue, pour reprendre ses propres mots,
« un essai d’organiser le chaos». Karine Hoffman tente par la pratique picturale d’organiser son propre chaos. Histoires personnelles et collectives resurgissent par rebonds, par symboles et par évocations. Chaque élément peint, chaque situation est un indice d’une impossible quête, d’une recherche tourmentée par l’oubli. Les objets/peintures qu’elle nomme «objets-transitionnels» et «objets-outils» créent un univers pictural dérangeant. En effet, c’est la conscience individuelle, l’héritage collectif et l’Histoire officielle qui s’offusquent elles-mêmes de leurs propres lacunes.
Son oeuvre est une transfiguration d’un univers tridimensionnel (évoquant des installations) portant un questionnement sur l’acte pictural par l’usage de différentes interventions et techniques (grattage, accumulation, transparence) travaillant à suggérer tour à tour le lisse, la matière lourde, la fumée. L’objet net côtoie le flou gestuel. Le graffiti nerveux se frotte au flottement d’un ciel orageux. Les couleurs acides, vert et jaune fluorescents, ponctuent l’espace nocturne ou crépusculaire - le jour et la nuit cohabitent en évoquant une lumière occulte, goyesque. Les formes apparaissent comme des résidus de la pensée, elles construisent un monde en hors-champ où l’action semble suspendue. Tel que dans Jak papieros pod prochami wilna (comme une cigarette sous les cendres de Vilnius) où une faux semble avoir servi à un crime dont on ne connait pas la motivation.

Cette enquête transfigure l’expérience de la sensation. Le cosmos / Kosmos de Karine Hoffman est un être immense, une créature impalpable, infinie dont toutes les parties sont connexes, comme une ébauche d’approche scientifique d’un mystère insondable. Ces parties sont soumises aux mêmes lois et se répondent. Elles possèdent leur langage propre: la langue de la peinture.

Au lieu de prétendre apporter des réponses péremptoires, des affirmations définitives, la peinture de Karine Hoffman révèle l’impossibilité d’un savoir omniscient, et la quête éternelle d’une connaissance du moi par l’expérience.

*Écrivain, dessinateur, graveur et critique littéraire polonais (1892-1942)

Horaires : 
Mardi - vendredi 14h - 19h / samedi 11h - 19h et sur RV
Heures de vernissage : 
18-21h
Tarifs : 
Accès libre
Dernière mise à jour le 12 nov. 2018

Galerie Dix9

19 rue des Filles du calvaire
75000 Paris 03
France
Téléphone : 01 42 78 91 77
Télécopie : 01 42 78 91 77
Directrice : Hélène Lacharmoise