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Centre national des arts plastiques

Présentation de la collection

Collection historique

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Il aurait 400 ans : Le Nôtre (1613-1700) vu par Eugène Appert

  • Eugène APPERT, André Le Nôtre, jardinier
    Commandé en 1855. Carton de la tapisserie exécutée à la Manufacture des Gobelins pour la Galerie d’Apollon au Louvre
    Huile sur toile
    217 x 126 cm
    S.B.G : E. APPERT
    FNAC PFH-1123
    Déposé au musée au musée Rolin à Autun puis au lycée militaire

  • Eugène APPERT, Charles Le Brun
    Commandé en 1854. Carton de la tapisserie exécutée à la Manufacture des Gobelins pour la Galerie d’Apollon au Louvre
    Huile sur toile
    215 x 130 cm
    S.B.DR : E. APPERT
    FNAC PFH-3370
    Déposé au musée d’Angers

  • Eugène APPERT. Nicolas Poussin
    Commandé en 1857. Carton de la tapisserie exécutée à la Manufacture des Gobelins pour la Galerie d’Apollon au Louvre
    Huile sur toile
    215 x 130 cm
    Inscription B.DR : E. APPERT/1814-1897
    FNAC PFH-78
    Transfert de propriété au musée d’Evreux en 2010
    Eugène appert a repris le célèbre autoportrait de 1650 de Nicolas Poussin conservé au Louvre mais en changeant le fond : l’entassement de tableaux est remplacé par une vue d’architecture.

On connait peu de représentations peintes du grand jardinier réalisées de son vivant, excepté le portrait de Carlo Maratta vers 1680 et sa transcription gravée. Pour éviter la copie servile, il faudra donc qu’Eugène Appert puise à d’autres sources, quitte à s’arranger avec la réalité pour embellir la vision d’une époque.
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« UNE EXÉCUTION SI VIGOUREUSE ET SI MAGISTRALE » (REVUE D’ANJOU, 1859)
Né à Angers en 1814, Eugène Appert (à ne pas confondre avec son homonyme célèbre pour ses photographies de la Commune) se forme à Paris dans l’atelier d’Ingres. Rapidement apprécié, régulièrement présent au Salon, honoré de nombreux achats et commandes tant de l’État que de particuliers, il reçoit la légion d’honneur en 1859. Son parcours réussi témoigne bien du classicisme d’une carrière typique de l’époque. Mais l’estime dont l’artiste a bénéficié de son vivant est inversement proportionnelle à l’oubli dans lequel son œuvre est tombée après sa disparition en 1867. En dépit d’un nombre non négligeable de tableaux présents dans les collections publiques, l’historiographie n’a véritablement retenu de la production d’Eugène Appert que sa participation à la décoration de la galerie d’Apollon au Louvre et son intervention dans la chapelle de l’hôtel-Dieu d’Angers en collaboration avec Jules Dauban et Jules Lenepveu (l’ensemble de ce décor est une commande de l’État et fait partie des collections du CNAP).
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UN TABLEAU QUI FAIT UN « CARTON »
L’achèvement du décor de la galerie d’Apollon au Louvre, décidé sous la Seconde République, prévoit la réalisation de 28 portraits, non pas en peinture, mais en tapisserie. L’ensemble, terminé sous le Second Empire, représente 4 souverains ayant marqué l’histoire architecturale du palais (Philippe Auguste, François 1er, Louis XIV et Napoléon III –qui sera remplacé par Henri IV en 1884-) et 24 artistes ayant œuvré à sa décoration. Une vingtaine de peintres ont fourni les « cartons » (modèles à grandeur d’exécution) qui ont ensuite été tissés par l’atelier des Gobelins. Parmi ces peintres, se trouve Eugène Appert, créateur des modèles de Louis XIV et de Napoléon III, de Charles Le Brun, André Le Nôtre et Nicolas Poussin. Ces 5 modèles, peints sur toile, témoignent d’une réalisation et d’une finesse d’exécution aussi poussées que s’ils avaient été conçus comme des portraits autonomes, ces qualités ayant conditionné une mise en dépôt relativement rapide.

Sur 4 localisations connues, 3 ont pu être confirmées lors des missions de récolement : Charles Le Brun (commandé en 1854 pour 1500 francs, attribué au musée d’Angers en 1862, FNAC PFH-3370), André Le Nôtre (commandé en 1855 pour 1500 francs, attribué au musée d’Autun en 1862, en sous-dépôt au lycée militaire depuis 1981, FNAC PFH-1123) et Nicolas Poussin (commandé en 1857 pour 1500 francs, attribué au musée d’Evreux en 1862, FNAC PFH-78, transfert de propriété en 2010). On ne sait pas ce que sont devenus Louis XIV et Napoléon III, commandés chacun pour 3000 francs en 1858. Remarquons que la somme payée pour chaque modèle, somme traditionnelle pour ces formats, est triplée ou quadruplée pour sa traduction en tapisserie, qu’il s’agisse d’un « petit » modèle (les portraits d’artistes) ou d’un « grand » modèle (les portraits de souverains).
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UNE CERTAINE IDÉE DU XVIIème SIÈCLE TARDIF

Tous les modèles, ceux d’Appert comme ceux de ses collègues, s’inspirent des portraits contemporains des personnages représentés, recopient des compositions célèbres, ou au contraire adoptent un style, des attitudes et des poses caractéristiques du XIXème siècle, faisant ressembler les personnages historiques à des acteurs les interprétant sur scène. Le portrait d’André Le Nôtre témoigne de l’idée que l’artiste se faisait du personnage, surnommé sous Louis XIV le « bonhomme Le Nôtre » en raison de sa simplicité étudiée. Il lui confère en effet une pose certes formelle, mais avec un maintien plus souple et une mine rajeunie. Le costume dont Appert a revêtu Le Nôtre annonce déjà la Régence, tout comme la cravate dite « Steinkerque » qui n’est apparue qu’après la bataille de 1692 si l’on en croit Voltaire (Le siècle de Louis XIV, chap. 14). L’artiste a donc habillé son modèle selon la mode de l’extrême fin du XVIIe siècle voire du début du XVIIIe siècle, époque où le dit modèle dépassait l’âge de 80 ans ou était déjà décédé... Or ce n’est pas le visage d’un vieillard que l’on voit sur le tableau et sa traduction en tapisserie, mais celui d’un homme encore jeune, dans la force de l’âge. Cet anachronisme ne gêne pas la lecture de l’œuvre, à prendre comme un hommage fantasmé au grand jardinier.

Virginie Inguenaud
Conservateur du patrimoine
Mission de récolement

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POUR EN SAVOIR PLUS
Philippe de Chennevières, Notice historique et descriptive de la galerie d’Apollon au Louvre. Paris : J.B. Dumoulin, 1855, p. 32.

Albert Lemarchand, « Les artistes de l’Anjou et du Maine au salon de 1859 », Mémoires de la Société impériale d'agriculture, sciences et arts d'Angers, 1859, t. II, p. 147-159 (mention p. 148-149)

« Nécrologie. Eugène Appert », Répertoire archéologique de l’Anjou [Société impériale d'agriculture, sciences et arts d'Angers. Commission archéologique de Maine-et-Loire], 1867, p. 77-85.

Discours prononcé sur la tombe de M.
Eugène Appert, par M. le premier président Métivier, 12 mars 1867. Angers : impr. de P.Lachèse, Belleuvre et Dolbeau ,1867

Harold de Fontenay, Notice des tableaux, dessins, estampes, lithographies, photographies et sculptures exposés dans les salles du musée de l'hôtel de ville d'Autun. Autun : impr. de Dejussieu, 1875, p. 49.

Emmanuel Coquery, « Les tapisseries », La galerie d’Apollon au palais du Louvre, sous la direction de Geneviève Bresc-Bautier. Paris : Gallimard/Musée du Louvre, 2004, p. 200-205 et p. 323.

Dernière mise à jour le 24 févr. 2015