Notre livre (France)

« Tant que le livre restera par la force des choses un objet
à manipuler, tant qu’il n’aura pas été supplanté par des formes auto-sonores ou cinémato-sonores, il nous faudra attendre
chaque jour de nouvelles inventions fondamentales dans
le domaine de sa production .»
El Lissitzky, « Notre livre (URSS) », 1926

Le physique des livres

Le livre que j’attrape dans ma bibliothèque, celui que je feuillette sur la table du libraire, s’offre à moi sous la forme d’un objet doué d’un volume et d’un poids spécifiques. Il est rigide ou souple, sa surface apparaît au toucher plus ou moins lisse, la couverture et les pages présentent une organisation interne particulière. Les décisions dont résultent ces qualités tactiles et visuelles relèvent aujourd’hui de la compétence
du graphiste. « Il me souvient d’un temps où je méprisais
dans les livres tout ce qui n’était pas lecture. Il m’eût suffi de chiffons souillés de têtes de clous. Je me disais qu’un méchant papier, des caractères écrasés, une mise en page négligée, si toutefois le texte même était fait pour le séduire, devaient contenter un lecteur véritablement spirituel.» Ainsi Paul Valéry avouait-il son indifférence passée pour la forme
des ouvrages, devenue plus tard importante à ses yeux :
« Je suis venu insensiblement, écrivait-il, à ne plus dédaigner le physique des livres.» Voilà précisément énoncée
la responsabilité du designer graphique. Mais la place occupée par ce professionnel, parmi les différents acteurs d’une industrie en pleine mutation, se révèle en France extrêmement variable.