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Centre national des arts plastiques

Le Carré, Scène nationale - Centre d'art contemporain d'intérêt national

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ELSA SAHAL

Femminus Ceramicus

Arts plastiques - Exposition
09 janvier • 06 mars 2016

FEMMINUS CERAMICUS

Si le titre de l’exposition emprunte aux lettres classiques – leur sérieux, leur crédibilité instantanée — c’est pour mieux pervertir les accords acquis, puisqu’ici la déclinaison masculine du latin vient habiller une expression féminine. En écho, sur le carton d’invitation, l’artiste Elsa Sahal convie un complice (Didier Trenet, impeccable calligraphe) à manuscrire ce titre au genre troublé, tandis qu’elle-même signe l’écriture de son nom. Bref, une invitation, deux sexes et un jeu à quatre mains, pour une entrée en matière qui vient joyeusement perturber les identités.

À BRAS-LE-CORPS

Cette référence au latin peut aussi se lire comme un hommage discret à l’histoire de la sculpture : Elsa Sahal en est pétrie, des anciennes Vénus aux danseuses de Degas ou Rodin, en passant par les textures brutes et les silhouettes épurées de Georges Jeanclos, dont l’enseignement a laissé sur l’artiste une certaine empreinte. En ligne de mire, une constante : transgresser l’interdit de la figure énoncé par le modernisme et l’abstraction, et questionner encore et encore la représentation du corps. Les enjeux remontent jusqu’au XIXe siècle, lorsque la sculpture respectueuse des normes anatomiques envisage progressivement la fragmentation, la liquéfaction, puis s’affranchit de tout académisme au fil d’un dialogue mouvementé entre la forme et l’informe. Traversés par l’énergie et le mouvement, modelés par le dynamisme, perçus de l’intérieur, les corps sculptés d’Elsa Sahal répercutent cette longue libération.

DANSER SA VIE

Les corps de la série Pole Dance se concentrent sur l’essentiel, tels des courts-circuits de désir ou des précipités de fantasme qui feraient fi de l’ordre anatomique pour ne conserver que certains attributs érotiques. Elsa Sahal les reconfigure avec une liberté totale vis-à-vis de la manière ou du style, et cherche avant tout à synthétiser un inconscient corporel, une structure interne qui coïnciderait exactement avec le mouvement dansé ou l’intensité d’un rapport sexuel. Comme des explosantes-fixes1 rosâtres ou vert lichen, ces danseuses se cabrent en tension dans l’espace : les tiges de soclage qui les maintiennent en suspens jouent par analogie un rôle plus excitant qu’à l’ordinaire, s’apparentant aux barres de la Pole Dance, que les danseuses taquinent et caressent dans leurs chorégraphies. À travers ces sculptures mues par le principe du plaisir, Elsa Sahal rend aussi hommage à l’émancipation du corps sous un angle plus politique, celui que les artistes du New Burlesque choisissent de mettre en scène dans leurs performances ouvertement féministes et transgenres. Hors des cadres figés du corps désiré et désirant, la sculpture capte ici un souffle libératoire, une vision de la femme libre.

SEINS CONQUES

L’artiste présente également une nouvelle série réalisée à partir de pièces tournées, soit parcourues d’un sillon dynamique, comme une onde. Les analogies affluent : ces fragments évoquent pêle-mêle un sein, un coquillage (conque ou cauris), une gueule ou un masque, ou encore un sexe de femme aux lèvres ourlées. Parfois, une petite forme se greffe, telle une vénus préhistorique. À nouveau le corps est rêvé, traversé de visions charnelles : Elsa Sahal adopte la même approche primaire et véhémente pour trouver l’évidence du matériau, sa plasticité naturelle propre à incarner d’inédites métamorphoses. « La terre est un matériau très versatile, qui peut aller du côté de l’abject, comme du sublime et de la délectation. Un matériau qui fait le grand écart», dit-elle.

 

LÉDA OU L’ARDEUR

Suspendues avec des sangles, les céramiques de la série Léda descendent du plafond de la chapelle, un vol lourd organisé en lignes brisées, diagonales et obliques qui exploite la verticalité des lieux. « J’étire mon pain de terre en grandes plaques que je modèle. Je construis mes volumes comme des patrons de vêtement, je travaille toujours autour du vide. J’aime la sensation que la sculpture pousse de l’intérieur». La figure du cygne, long cou et formes infinies aux allures de ruban de Mœbius, s’hybride ici de références sensuelles et sexuelles, se leste de bourses ou de fesses, s’émaille de surfaces laiteuses, pileuses ou granuleuses. Si souvent traitée dans l’histoire des arts, l'union mythologique de Léda à l’oiseau est relue par Elsa Sahal sur un mode physique et englobant, qui traverse les genres et les règnes pour retrouver une bisexualité primaire, un état fusionnel originaire en phase avec le matériau iciutilisé,laterre,queBachelardnommeparfois l’«eaucomposée»2.Eneffet,chaquepièceincarneunflux,une mue réversible, une étreinte lovée dont l’œil parcourt les incurvations voluptueuses.

Eva Prouteau

Notes

1 – Cf André, L’amour fou, 1937 : « La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas. »

2 - L’Eau et les Rêves, Gaston Bachelard, éd. José Corti, 1942, p. 126. 

Horaires : 
mercredi au dimanche de 14h à 19h
Mécénat : 
Hotel du Cerf, Château-Gontier
Dernière mise à jour le 18 janv. 2016

Le Carré, scène nationale - Centre d'art contemporain

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