Skip to Content
Centre national des arts plastiques

Artothèque d'Angers

Share Share Share Share Share

Elina BROTHERUS

Arts plastiques - Exposition
20 novembre • 18 décembre 2010

Un an après l’acquisition d’une photographie de l’artiste pour sa collection et du 20 novembre au 18 décembre 2010, l’Artothèque d’Angers invite Elina Brotherus et choisit un itinéraire qui conduit des premières images de l’artiste jusqu’aux plus récentes. En partant du lien très étroit que l’oeuvre entretient avec le paysage - puisque ce thème est un appui de la collection de photographies de l’Artothèque - elle explore la construction d’une œuvre nourrie autant par l’expérimentation intime que par l’histoire de la représentation. Elina Brotherus vit entre Helsinki où elle est née et la France, Paris ou la Bourgogne où elle est arrivée à la fin des années quatre-vingt-dix. Ancrée dans la double formation d’une maîtrise de chimie et d’un diplôme de l’Université d’Art et Design d’Helsinki, sa recherche aborde toutes « les questions visuelles fondamentales : l’espace et la lumière, la couleur et la composition, la dispersion des figures dans l’espace, le passage de trois dimensions à deux dimensions, comment le modèle prend sa place comme objet dans la vision », comment la figure est à la fois un instrument de mesure et un outil de recherche. Elle conçoit la photographie comme une représentation inscrite dans le prolongement des interrogations de la peinture classique et intitule une série commencée en 2001 : The New Painting. Tantôt la relation est directe et explicite comme dans la série Der Wanderer qui réinterprète la peinture de Gaspar David Friedrich avec l’artiste de dos face à un paysage ample. Tantôt la référence à des peintres comme Cézanne ou Degas passe par les thèmes des baigneurs, d’une femme à sa toilette (photographie de 2001) ou des Model studies. Plusieurs de ces études sont présentées dans l’exposition. L’œuvre achetée pour la collection de l’Artothèque et intitulée The Lake appartient à la série Artist and her model. Dans cette image, Elina Brotherus débarrasse le paysage de tout caractère mystique en le contenant dans une géométrie précise, dont l’artiste, de dos au premier plan, marque le point de fuite tout en s’inclinant vers le retardateur et le fil qui le relie à l’appareil. Projetées vers le spectateur, les conditions de prise de vue soulignent le contraste entre le formalisme de la composition et la simplicité de l’artiste au travail dans l’image. Dans un courant contemporain de la photographie mise en scène, Brotherus occupe une place singulière, en partie liée à ce paradoxe et au fait que la recherche passe explicitement par sa propre expérience et son corps avant de faire appel à d’autres modèles. Cette remarque vaut particulièrement pour l’invitation à l’exposition, image n°5 de la série Landscapes and Escapes réalisée en 1999. L’artiste y apparaît nue, de face, au milieu d’un bois de bouleaux. Un rameau dressé devant elle dessine sur son corps un motif très proche de celui de l’écorce de bouleau tandis que ses jambes disparaissent dans l’abondante végétation du sol. Depuis le premier plan végétal, uni et sombre, le regard est conduit vers le haut de l’image comme les troncs qui s’échappent par là du cadre. Mimétisme graphique, échelle du corps, mouvement ascendant de l’image : tout est fait pour dérober la jeune femme dans le rythme dominant du paysage et déplacer vers celui-ci le questionnement existentiel que l’on devine. La lumière étrange de la nuit du grand nord imprègne tous les éléments de nuances froides qui nourrissent cette perception et construisent une vision unifiée alors qu’une variation de motifs - feuillages, écorce ou ciel - anime la plus grande partie de l’image et bascule son point de fuite hors du cadre. Cette image des débuts condense les ressources et les qualités du travail de l’artiste. Elina Brotherus se met en scène dans la lumière qui correspond à son état intérieur. Le paysage qui évoque le nord et la Finlande pourrait avoir un caractère identitaire mais grâce à la virtuosité de construction de l’image, il semble absorber le malaise intime au profit d’une vision esthétique et poétique. Le titre anglais fait rimer paysage avec évasion et ouvre l’interprétation de l’œuvre comme échappée absolue.

Dernière mise à jour le 17 Mai 2013

Artothèque d'Angers

75, rue Bressigny
49100 Angers
France
Téléphone : 02 41 24 14 30
Télécopie : 02 41 24 14 32
Site internet : Artothèque d'Angers
Responsable : Elodie Derval