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Centre national des arts plastiques

Christian Berst Art brut

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beverly baker

palimpseste

Arts plastiques - Exposition
03 • 28 février 2015

Lorsque Beverly Baker s’assied à sa table de travail, le rituel est immuable : autour de la feuille vierge qu’elle s’apprête à recouvrir de signes, elle commence par poser des livres ou des magazines ouverts aux pages de son choix. Cet ensemble forme alors comme une ceinture infranchissable qui paraît la protéger de son environnement. En même temps qu’elle lui offre un point de départ, voire un alphabet formel qu’elle s’appliquera par la suite à transgresser avec détermination et fougue.

Beverly Baker est née dans le Kentucky, en 1961. Trisomique, comme Judith Scott. Il faut bien le souligner, et ne pas céder aux tabous moraux qui, sous couvert de stigmatisation, finissent par gommer cette différence qui forme pourtant le terreau-même de ses œuvres. Cette particularité, à défaut de nous éclairer totalement, nous offre cependant une perspective inouïe sur l’expérience humaine du geste créatif.

Mais, comme pour Scott, le sens de sa production nous échappe, nous place face à une énigme, et comme cette dernière, le langage que Baker s’est choisi pour nous “parler” est susceptible, n’en déplaise aux rigoristes, de rapprochements formels avec l’art contemporain. Il est en effet difficile de ne pas songer, en examinant ses œuvres, à certains dessins de Serra, de Twombly ou de Tapiès lorsque ceux-ci travaillaient le signe, la lettre, le mot jusqu’à son épuisement, jusqu’à sa disparition dans un agglomérat de matière. Nous menant jusqu’à ce point où Baker fait jaillir ce que Soulages qualifiait de “lumière secrète venue du noir”.

Le stylo-bille commence par tracer des lettres, souvent de manière sérielle, puis les lignes viennent provoquer une tension nouvelle en striant la feuille, en l’électrisant d’un bord à l’autre, parvenant, par endroits, à un degré de saturation tel que l’encre, s’enfonçant toujours plus dans la fibre du papier, le lustre et l’anime, lui crée des anfractuosités, allant parfois jusqu’à le meurtrir.

Et tout ce qu’elle nous dit est là, tourmenté, comme un paysage anéanti mais sublime. Comme un palimpseste à la surface duquel vibrent les générations successives de signes qui font un lit à la lumière.

Exposée à Paris à la Maison rouge, successivement dans “Le Mur” en 2014 puis, récemment, dans “Collection abcd/Bruno Decharme”, il s’agit de sa première exposition monographique.

Complément d'informations : 
Un catalogue bilingue de 140 p. préfacé par Philippe Godin est publié à cette occasion. Dans le cabinet de curiosité de la galerie, sont exposées des prières à Sainte Rita de l'artiste française Jill Galliéni. Ce qu'elle ne peut dire avec des "mots", Jill le traduit par des guirlandes de simili d’écriture, très serrées, qui se répètent tel un mantra, et dont le sens échappe.
Dernière mise à jour le 04 févr. 2015

Christian Berst Art brut

3-5 passage des Gravilliers
75003 Paris 03
France
Téléphone : 01 53 33 01 70