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Centre national des arts plastiques

Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico

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Abstraction faite d'une conception plutôt magique de la situation

Arts plastiques - Exposition
13 février • 02 avril 2016

Du 13 février au 2 avril 2016, la galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico présente une nouvelle exposition de Franck Eon, comprenant deux séries de peintures récentes : Abstraction faite... (crépusculaire) qui fait écho à des œuvres des années 1990 à partir desquelles il a développé le motif du rond, base de son langage plastique, et Talisman qui dévoile une composition architecturée plus complexe.

 

« Epiphanie. A l’origine de chaque tableau de Franck Eon, se pose la question de l’apparition. Et pour cette série, récente, inédite, la solution trouvée fut celle de la couleur. Celle-ci, loin de rejouer la quête intime d’une palette personnelle ou d’afficher l’extase d’un coloriste, vient plutôt agir comme un éclairage intérieur. Aussi, le orange choisi par le peintre est-il un agent révélateur, un projecteur qui aurait pour mission de structurer et d’animer la toile. La couleur, comme chef d’orchestre immanent, structure et apporte autonomie à l’œuvre. Elle est là, comme une force vive qui assurerait l’architecture et l’existence en soi du tableau. Sans elle, pas de vie, pas de regard. Il n’y a donc pour ainsi dire plus de sujet. Ou plutôt, il n’y en a plus qu’un : la couleur comme vecteur de matière. Les éléments architecturaux figuratifs ont déserté la toile. Seuls quelques cercles viennent s’y déposer et s’y mouvoir. Un peu à la façon dont une phrase s’édicterait. Les formes rondes sont des fragments sensés, bribes d’un langage élémentaire intime, comme autant de syntagmes que seul l’artiste (re)connaîtrait. A la source de ces créations picturales inédites, s’articule ainsi le dire d’un peintre fondu dans un geste. Quand dire, c’est faire, serait-on tenté d’affirmer avec Austin, car, il y a bien dans la peinture de Franck Eon quelque chose de l’ordre d’une énonciation dont on percerait et sonderait volontiers le signifiant, par le regard, pour commencer. »

Léa Chauvel-Lévy, 2016

 

 

Franck Eon en conversation avec Léa Chauvel-Lévy, à propos des dernières œuvres de l’artiste, 2016

 

Léa Chauvel-Lévy : La série que vous présentez à la Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico est-elle inédite ? L’avez-vous pensée pour l’exposition ?

Franck Eon : Oui ces tableaux sont récents, j’y travaille depuis cet été et ils sont dans le prolongement d’une série montrée à Cortex en 2013 dans laquelle j’avais pu spéculer, fantasmer sur des lieux très abstraits, des espaces de projection et d’apparition d’images. Il y avait une ambiance très « métaphysique » dans ces tableaux (je ne sais pas si l’on peut parler de métaphysique du tableau) mais j’avais dans l’idée de parler du tableau et de son environnement, comme s’il pouvait provoquer, contenir ou absorber son environnement. Cette idée me plaît.

LC-L : Dans cette petite série de cercles qui s’animent dans le tableau, la couleur domine...

FE : Oui elle domine et elle participe largement à la magie de la situation. Je me souviens avoir entendu Hugo (Pernet ou Schüwer-Boss je ne sais plus) parler très justement du tableau comme d’une image éteinte. Les tableaux « abstraction faite... »,  version    « crépusculaire » comme le dit si bien mon galeriste n’ont pas de couleur à proprement parler mais bénéficieraient plutôt d’un éclairage qui lui serait extérieur et qui le maintiendrait ainsi dans une semi-pénombre. Le tableau en train de s’éteindre ou peut-être en train de s’allumer, je ne sais pas... Voilà ce que me permet la couleur.

LC-L :  Et les petits tableaux, les « Talisman » ?

FE : Pour ce qui est de la série des « Talisman », je fais le choix (malgré le constat des deux Hugo) de rallumer le tableau le plus possible et autant que je peux, user et abuser de ce « orange » qui viendrait l’éclairer, le brûler, l’irradier de toute part. Les lumières surgissent du fond, ou bien agissent latéralement en balayant la surface de gauche à droite, de haut en bas ou bien viennent se poser dessus pour mieux l’écraser. Par ce choix, beaucoup de liberté s’offre à moi et je ne m’en prive pas. 

LC-L : Mais vous avez néanmoins choisi ce orange...

FE : Oui c’est vrai, j’entrevois avec le orange plus de possibilités de lumières et de matières. Des lumières et des matières qui échapperaient à des connotations symboliques comme le rouge ou à des ambiances trop naturalistes comme le jaune. En étalant ce orange, on peut très vite faire illusion, passer de la matière à l’antimatière, être projeté dans les profondeurs de la terre (du magma) comme dans celles du cosmos. Dit comme ça, c’est un peu de la BD... 

LC-L : Et entre les profondeurs de la terre et celle du cosmos ?

FE : ...c’est surtout que j’aime bien entretenir des écarts de ce type, faire apparaître dans le tableau des espèces d’espaces, des moments de peinture qui peuvent autant nous rapprocher que nous éloigner du sujet. Le tableau devient complexe s’il nous amène à croire, à penser que le sujet est bien en relation avec l’espace qui l’entoure. Tout est là pour nous pousser à y croire : autour du sujet s’organisent des plans, des arrière-plans, des fonds, des éclairages favorables à la crédibilité d’une image. 

LC-L : Et c’est dans ce sens que la magie opèrerait ?

FE : Oui.

LC-L : Venons-en au cercle, aux ronds, c’est donc eux qui feraient « sujet » dans ces petits tableaux que vous avez titrés « Talisman » ?

FE : Oui tout à fait. Sujet ou pseudo sujet... enfin quelque chose qui désignerait la place du sujet.

LC-L : Pouvez-vous nous rappeler comment sont apparus ces cercles dans votre travail et que cherchiez-vous par ce motif, par cette forme élémentaire ?

FE : Ils sont apparus dans une série que j’ai intitulée « abstraction faite... » et qui débute en 1995-96. C’était une manière pour moi de régler la question de l’abstraction. A partir de ces cercles, je voulais surtout éviter toute « composition » dans le tableau ou toute « animation colorée » de sa surface. Le tableau se conçoit et s’exécute selon un petit protocole. En partant du coin gauche en haut, les cercles s’inscrivent, tels des mots sur une feuille, de gauche à droite et de haut en bas.

Ils se juxtaposent dans un premier temps pour se superposer ensuite. En m’y prenant ainsi, je voulais obtenir ce double effet, d’une chose qui se développe linéairement tout en progressant vers nous. Une chose à lire et/ou une chose à voir. Une chose qui est dite mais une chose qui bouge et qui est vivante. Et pour répondre à ta question, il m’importe peu d’entrer dans des considérations concernant le cercle, la modernité s’en est suffisamment chargée.

Dernière mise à jour le 26 janv. 2017

Galerie Thomas Bernard - Cortex Athletico

13 rue des Arquebusiers
75003 Paris 03
France
Téléphone : 01 75 50 42 65